Le projet
J’ai découvert Kilwa au détour d’une conversation à Dar es Salaam.
Une cité oubliée, presque inaccessible, sur la côte de l’océan Indien.
Un rêve… une réminiscence… un accident dans une vie où je subis l’effondrement.
Puis le voyage. Pour voir, comprendre. Et peu à peu, pour écrire.
Kilwa s’est imposée comme un lieu où les temps se superposent, où les traces persistent sans toujours se laisser lire. Entre les ruines, la mer, les vents, quelque chose résiste : une mémoire en mouvement.
C’est là qu’est né l'univers de Kilwa. Un monde traversé par les quatre éléments, organisé autour d’une étoile qui me guide entre Kaskazi et Kusi, les vents de la mousson qui rythment la vie et ouvrent les routes de l’océan Indien. Mais ces routes ne relient pas seulement des ports. Elles relient des savoirs, des langues, des histoires, des mondes.
Ce carnet est une tentative de suivre ces lignes, visibles et invisibles, entre passé et présent, entre ce qui a été et ce qui advient.
Écrire Kilwa, ce n’est pas reconstruire. C’est avancer dans un paysage instable, en cherchant encore une direction.
Faire dialoguer les temps
Lorsque j’ai commencé à écrire Kilwa, je ne cherchais pas à reconstituer une histoire. Je suivais une intuition, une présence autour d'un lieu. Aisha est apparue ainsi. Une jeune femme de la côte swahilie, attentive aux vents et aux étoiles, notant les équilibres même invisibles. Je lui ai donné un nom sans en connaître l’origine, comme on reconnaît quelque chose avant de le comprendre. Ce n’est que plus tard que j’ai découvert, dans les archives, la trace d’une ʿAisha ayant réellement vécu à Kilwa. Une stèle trouvé en 1901 dans le cimetière des Sultans à Kilwa Kisiwani. J'ai décidé de faire naître ce personage central deux décennies plus tôt, au moment où Kilwa est encore ouverte sur le monde, traversée par les routes et les savoirs. Aisha est devenue, pour moi, une manière d’habiter ce temps. De regarder depuis un monde qui n’était pas encore défait.
Puis Hélène est venue. Six siècles plus tard. Une femme qui vit en Afrique de l’Est, dans un monde où les équilibres se fissurent. En 2045, elle tente de comprendre car ce qu’elle voit ne tient plus. Les repères se déplacent. Les certitudes s’effritent. Là où Aisha lit les signes, Hélène doute de ce qu’elle perçoit.
Je n’ai pas cherché à les faire se rencontrer. J’ai laissé leurs voix se répondre. Entre elles, il n’y a ni continuité, ni rupture franche, mais une résonance. J'ai tenté d'écrire à la première personne deux manières d’habiter le monde, séparées par le temps, et pourtant traversées par les mêmes questions : comment lire les signes ? comment comprendre ce qui bascule ? comment rester au monde lorsque ses repères se défont ?
Kilwa est né de ce dialogue. Entre une mémoire ancienne, portée par les vents et les étoiles, et un présent instable, où les routes changent de nature.













